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AOUT 2007 : 22 Népalais, 9 Francais de 12 à
64 ans, 15 jours de marche entre 2600 et 5100 mètres
d ‘altitude très très loin au fin fond du
DOLPO MYTHIQUE.
Récit d’une fabuleuse aventure, entre autres
familiale, en tout cas savamment
préméditée.
Si les moutons bleus étaient vraiment bleus, on les
aurait repérés plus facilement …
Si Liliane n’avait pas repris de la pizza aux petits
pois…
Si les mules savaient jouer aux cartes …
Au pays de l’approximatif, de la magie et des
démons, un expert-comptable peut facilement se
transformer en trekkeur qui a son tour se transformera en
yack blanc au bord de la Tarap et épousera la fille
du sorcier au pied de la montagne de Crystal, a moins que
l’accompagnatrice en montagne déguisée en
chèvre bâtée ne se transforme en lampe
à beurre.
C’est ainsi que nous nous sommes envolés en
avion affrété le jour prévu,
étrange et inattendu, pour Juphal porte
d’entrée au Dolpo, avec cependant le bagage de
Bernadette en moins, voila qui correspond déjà
mieux. La solidarité du groupe a largement compense
les défaillances d’Aéroflotte.

J2 : A Dunai au point de départ du trek nous
découvrons sur un petit écran totalement
anachronique dans le décor la plupart des animaux
présents dans le Parc National de Shey-Phoksumdo (
mouton bleu, ours noir de l’Himalaya, thar,
léopard des neiges, vautours, etc ). Pendant ce temps
l’équipe s’affine : 13 porteurs, 1 Naike, 1
cook, 4 kitchenboys, 2 sherpas, 1 guide local. Nous
apprenons qu’une grève massive en basse
vallée interdit en effet la montée des
denrées à dos d’homme, les villageois
manifestant contre l’invasion destructrice de
récolteurs étrangers de cordyceps sinensis (
Yarsa Gumpa ). Cet insecte-plante très présent
aux environs de Dho l’été
s’échange à prix d’or sur les
marches asiatiques.


Le J3 à Tarakot notre présence est un
divertissement inespéré pour
l’équipe de militaires qui a repris du service
au check-post après les événements.
Avec le silence des armes, les bâtiments brûles
sont patiemment reconstruits. Les étameurs nous font
une haie d’honneur du son de leur marteau.


La quatrième et longue journée nous conduit
à Lahini dans un délice de fleurs au fond de
la gorge profonde et …. humide. Le ciel ne fait aucun
effort. Incident en chemin à Hatikot où
Mireille, toujours suite à l’épisode
inénarrable de la pizza aux petits pois … Je
baptiserai ce lieu “Hélikot “ en
mémoire de l’inoubliable rapatriement
d’Yvette (ici présente ! ) il y a quelques
années. C’est en effet le seul endroit
relativement ouvert le long de cette vallée
encaissée, le seul endroit ou nous ayons pu envisager
de poser un hélico.
Nous continuons de remonter cette étonnant Tarap qui
se plait à décliner tous les ocres, croisant
au passage des caravanes de yacks et de chevaux race
Mustang.

Pour notre 5ieme nuit nous nous installons à Chyur
près d’un camp de nomades, et surtout tout
près de l’eau … Ngawang se lèvera
trois fois dans la nuit pour surveiller le niveau du torrent
! Cela n’empêchera pas quelque bestiole mal
intentionnée de nous dérober le sacro-saint
fromage qui aurait du faire tout le séjour. Les
nomades relient régulièrement Chyur à
Jomson via Dho en quatre journées ( Chyur / Dho/
Charka/ Sangda / Jomson ) pour y acheter à bas prix
des marchandises chinoises de première
nécessite ( cigarettes, bières, coca …)
qu’ils revendront ensuite ici au bord du chemin pendant
la saison de la Yarsa Gumpa. Ayant déjà
relié Jomson à Sangda en deux interminables
étapes, la résistance des nomades me laisse
rêveuse.

A l’aube du 6ieme jour, bonne nouvelle : le groupe dans
son entier vient de finir de digérer la
désormais fameuse pizza aux petits pois du J1.
L’étape offre des vues splendides sur la sauvage
et encaissée Tarap Khola, avec une
végétation changeante au fur et a mesure que
l’on gagne en altitude. Nous nous endormons deux heures
en aval de Dho dans un site naturel impressionnant. Pas une
étape classique pour le staff qui désormais
connaît, et fait avec, ma façon de fonctionner.
Le Népalais est carrément grégaire et
peu enclin à l’originalité. Les porteurs
sourient de ma décision. Trois d’entre eux
rebroussent chemin après de bons et loyaux services,
photo de groupe, pourboires et petits cadeaux.
C’étaient ceux qui portaient le
fromage…
Au 7ieme jour nous atteignons Dho, village le plus important
de la Tarap et clou du spectacle, en milieu de
matinée, au soleil, sans vent et sans peine.
L’habitude veut qu’on y arrive la veille au soir,
épuisés et vent de face. Je n’en
rajouterais pas quant a l’attitude grégaire du
Népalais, mais je me félicite. Nous observons
moutons bleus (pseudois nayaur) et vautours, visitons la
gompa et le village sous le prétexte de retrouver
Bernadette, qui, elle, essaye de retrouver
…L’après-midi sera festive : une grande
manifestation Nyingma Pa réunit toute la
vallée sur son 31 a la gompa de Tok Kyu. Un grand
lama de Zhechen, arrivé la veille en hélico,
nous fournit d’intéressantes explications. Nos
porteurs, qui font du tourisme, Hari en tête, sont
aussi de la partie. Nous voilà invités par les
grands-mères à participer à la
confection de la poudre magique qui sera ensuite
distribuée à la foule à l’issue de
la cérémonie. La poudre en question est
censée éloigner les démons et
guérir de tous les maux. Une grand-mère me
demande de l’ aspirine (?). Le grand lama prêche
sous la pluie dans l’indifférence
générale. Il faut dire que Bernadette fait
sensation : elle a enfin retrouvé …

La phrase du J8 : ‘ Plus on monte, moins on se lave
‘ ( Liliane ). Après une pause thé
salé au beurre rance dans une tente nomade, bizutage
des non inities, nous rejoignons le low camp à 4200
mètres en 2h30 de marche seulement . Proximité
de l’eau, toilettes et abri aménagés
depuis mon dernier passage, donc facile pour
l’équipe, et je n’y vois aucun
inconvénient ; les nuits au high camp ( 47000 ) sont
souvent plus hasardeuses. L’après-midi est
réservée à une ‘balade ‘
d’acclimatation au high camp où nous
découvrons la Yarsa Gumpa. Puis tous, les quatre
enfants et les porteurs en tête de ligne, se
retrouvent autour d’une partie de cartes qui animera la
soirée pluvieuse et fraîche. Je n’ai pas
le don de prémonition comme le lama aux cheveux
tressés en couronne mais je sens bien que cette fois
, c’est la bonne : les cols, on les passera ! et que
l’on me présente celui qui a dit que les enfants
n’aimaient pas marcher…



Le J9 est le grand J, celui du Numa La ( 5100 ). Le sourire
de Fabien, 12 ans, au sommet, la pellicule s’en
souvient encore. Je me souviens surtout de son final :
‘ C’ est le plus beau voyage de toute ma vie
!’. Merci Fabien. Apres une très belle
montée dans des paysages parmi les plus isoles, le
camp de base du Baga La ( 4330 ) est étonnant : on se
croirait face au Mont Blanc ! Excusez du peu, c’est le
Norbu Kang, 6000, c’est une pelouse himalayenne, un
torrent XXL, des yacks himalayens et des tentes nomades
Tibétains.


Le J10 est aussi un grand J, décidemment. C’est
celui du Baga La ( 5000 ). Dommage qu’il n’y ait
pas de troisième col, le groupe est de plus en plus
performant. Pemba le cook aussi : il ne s’est pas
trompé pour le pique-nique. Les porteurs jouent aux
cartes en nous attendant au milieu de nulle part,
allongés sur de confortables cailloux. Le camp
s’installe au pied d’immenses falaises près
d’un kharka qui ferait encore penser à la
Suisse, en surdimensionné.


J11 : nous atteignons le site magique du lac de Phoksumdo.
Magique. L’alti dit 3500. La nature dit les eaux
turquoises du lac, la cascade la plus haute du pays, le
serpolet géant, les champs de moutarde jaune.
Subjugués, nous décidons de passer deux nuits
en contemplation. Le groupe se jette sur la toilette et une
lessive acharnée dans le lac. Je me jette sur la
sieste.

J12 : faux repos au bord du lac. Nous prenons la direction
de Shey Gompa sur un sentier plus qu’étroit et
aérien plus qu’aérien. A chaque virage on
s’attend à voir le yack du film Himalaya tomber
dans le lac ! Mais notre yack broute paisiblement au bord de
‘la plage ‘. Il a dû arriver jusqu’ici
comme nous : rentrant le ventre et serrant les fesses. Il
reste maintenant à descendre trois jours le long de
la Suli Gad pour boucler la boucle à
l’aéroport liliputien de Juphal. Trois jours
qu’un porteur a vide réduirait à une
longue et seule étape.
Le J13 est noyé sous un rideau de pluie : 7 heures de
up and down le long de l’ immense et bruyante Suli Gad,
7 heures qui prendront fin au hameau tibétain de
Chekpa (2600). La belle fille (née gurung ), puisque
telle est son éminente et définitive fonction,
surveille le chang qui se distille en raksi et lance
quelques plaisanteries plus que douteuse a nos porteurs qui
ne manquent pas de répondant.
Le J14 nous conduit 4 heures plus bas a 2000 près de
la maison du Parc National ou les gardes, à qui je
souris et re-souris, finissent par nous installer à
« leur ombre », la seule, pour une pause
lecture.
Le J15 nous ramène a l’altiport de Juphal
d’où nous nous envolerons le lendemain pour
Kathmandu via Nepalgunj, non sans avoir là encore
fait le tour du propriétaire et rencontré les
villageois.

Un parcours sans faute pour un trek ambitieux, prodigieux et
… préparé !
Le prochain départ ? juin 2008 et juillet 2008.
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